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Faut-il bannir les bouteilles d’eau en plastique ?

Le 21/04/2009

Le plastique des bouteilles libère des perturbateurs endocriniens dans l’eau minĂ©rale. Ils pourraient avoir des effets sur la santĂ©, y compris Ă  faibles doses.

Amilo - Faut-il bannir les bouteilles d'eau en plastique

L’eau minĂ©rale des bouteilles en plastique contient deux fois plus d’hormones (fĂ©minines ou masculines) que celle stockĂ©e dans des bouteilles en verre ou l’eau du robinet. Autrement dit, le plastique libère dans l’eau ce que l’on appelle des perturbateurs endocriniens. Leurs effets Ă  très faible dose sont encore très mal connus, mais ils sont soupçonnĂ©s de modifier chez l’homme le dĂ©veloppement et les fonctions sexuelles et reproductrices. L’Ă©tude conduite par deux chercheurs allemands est publiĂ©e dans la revue Environmental Science and Pollution Research.

Martin Wagner et Jörg Oehlman, de l’universitĂ© Goethe, basĂ©e Ă  Francfort, ont sĂ©lectionnĂ© vingt emballages en plastique d’eaux minĂ©rales vendues en Allemagne. Ils ont tous en commun de contenir du polyĂ©thylène tĂ©rĂ©phthalate (PET). Ce plastique est prĂ©sent Ă©galement dans les bouteilles en plastique de boissons gazeuses, d’huile de cuisine et il tapisse aussi l’aluminium recouvrant l’intĂ©rieur des briques de boissons de plusieurs marques. Le PET assure Ă  la fois «la transparence du plastique, sa rĂ©sistance aux chocs, son faible poids et son impermĂ©abilitĂ© Ă  l’eau, aux gaz et aux arĂ´mes».

«Le travail des deux toxicologues allemands est sĂ©rieux et intĂ©ressant», souligne d’emblĂ©e RenĂ© Habert, professeur Ă  l’universitĂ© Paris-VII, qui dirige l’unitĂ© gamĂ©togenèse et gĂ©notoxicitĂ© (CEA-CNRS). Pour mettre en Ă©vidence l’activitĂ© hormonale du plastique, Martin Wagner et Jörg Oehlman ont utilisĂ© des levures gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es et des petits escargots d’eau douce, deux modèles de laboratoire classiques pour ce type d’Ă©tude. Les levures rĂ©alisĂ©es Ă  partir d’OGM ont la particularitĂ© de changer de couleur en prĂ©sence d’infimes quantitĂ©s d’hormones. Chez les petits mollusques, c’est leur reproduction et leur multiplication qui peuvent varier considĂ©rablement en fonction des hormones prĂ©sentes dans l’eau.

Le comportement des levures et des mollusques après un long sĂ©jour de près de deux mois dans l’eau n’est pas le mĂŞme dans les vingt bouteilles en plastique de diffĂ©rents types et les bouteilles tĂ©moin en verre. Pas du tout, mĂŞme. Dans douze d’entre elles, les chercheurs ont notĂ© dans l’eau des bouteilles en plastique une activitĂ© hormonale deux fois plus Ă©levĂ©e sur les levures. Les mollusques, qui se reproduisent par parthĂ©nogenèse (sans mâle), ont eu deux fois plus de petits escargots dans les bouteilles en plastiques Ă  cause des hormones fĂ©minines. Ils ont notĂ© aussi deux choses intĂ©ressantes : l’eau ayant sĂ©journĂ© dans les briques est plus polluĂ©e par ces perturbateurs. En revanche, l’eau des bouteilles en plastique rĂ©utilisables – conçues pour ĂŞtre plongĂ©es dans l’eau bouillante  pour  ĂŞtre dĂ©sinfectĂ©es,  pratique courante en Allemagne  –  est moins polluĂ©e que les autres dès la deuxième utilisation.

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Secret industriel

Sans surprise, l’Ă©tude a dĂ©clenchĂ© une levĂ©e de boucliers des industriels des plastiques alimentaires. Le BFR, l’organisme allemand chargĂ© de l’Ă©valuation du risque, a publiĂ© un communiquĂ© pour prĂ©ciser que les rĂ©sultats de cette Ă©tude ne permettent pas de conclure Ă  un risque pour la santĂ©. Ce n’Ă©tait d’ailleurs pas le but des deux chercheurs allemands : ils voulaient seulement mettre en Ă©vidence la prĂ©sence d’hormones dans les bouteilles en plastique. L’origine des perturbateurs endocriniens reste pour eux inexpliquĂ©e. Proviennent-ils du PET, d’un cocktail de plusieurs molĂ©cules du plastique ou de l’antimoine, un minĂ©ral utilisĂ© dans la catalyse de plastiques et connu pour ĂŞtre un perturbateur endocrinien ? 

«Il y a un dĂ©faut d’informations sur les emballages alimentaires. On n’arrive pas Ă  connaĂ®tre leur composition», relève RenĂ© Habert qui a rĂ©cemment montrĂ© l’effet toxique d’un phtalate contenu dans le plastique sur des cultures de cellules de testicules. Secret industriel oblige, les toxicologues ont toutes les peines du monde Ă  obtenir la composition prĂ©cise des produits, comme le dĂ©plore aussi Gilles Husson, prĂ©sident de l’Association scientifique europĂ©enne pour l’eau et la santĂ©.

Aujourd’hui, le marchĂ© de l’eau minĂ©rale est aussi contestĂ© pour des raisons environnementales. Il faut sept litres d’eau pour fabriquer une bouteille en plastique et leur commercialisation nĂ©cessite des kilomètres de dĂ©placement.

Amilo - Faut-il bannir les bouteilles d'eau en plastique

Problème d’arithmĂ©tique: sachant qu’une bouteille en plastique met plus de 500 ans Ă  se dĂ©grader, combien de temps faudra-t-il avant que nous changions nos habitudes alimentaires?  Le recyclage ? Aux Etats-Unis, 40% des bouteilles en PET rĂ©cupĂ©rĂ©es en 2004 ont Ă©tĂ© traitĂ©es… en Chine! En France le retraitement des bouteilles plastique est de l’ordre de 20%. IncinĂ©rĂ©es, les bouteilles dĂ©gagent de nombreux polluants toxiques (acide chlorique, mĂ©taux lourds, dioxine,…) qui vont certainement amĂ©liorer la qualitĂ© globale de l’eau… !

Visible sur le site du Figaro.fr rubrique SantĂ©, publiĂ© le 21/04/2009 :

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2009/04/21/9507-faut-il-bannir-bouteilles-deau-plastique

Amilo